Dans cet article
  1. Les jours d’avant
  2. L’interruption
  3. Le basculement
  4. Les illusions perdues
  5. Griffintown-Ouest
  6. Les ombres extérieures
  7. Rallumer le silence
  8. Le testament
  9. Ce qui reste
  10. Après la lecture : distinguer récit et préparation

Fiction d’anticipation. Les personnages, les événements et la chronologie qui suivent sont imaginaires. Ce récit n’annonce pas une attaque et ne décrit pas un événement survenu à Montréal. Une interruption de services ne permet pas, à elle seule, d’en déduire la cause.

Chronique d’une cyberattaque – Montréal, année zéro

Les jours d’avant

Il aimait ce moment précis du matin : quand la ville n’était qu’un murmure.
Le percolateur grésillait doucement sur le comptoir de béton poli, la lumière rasante d’un soleil timide traversait la baie vitrée de son condo à Griffintown.
Marc-André tapotait l’écran de sa montre. Rien. Il leva les yeux vers son horloge murale. Figée.

Il posa sa tasse à moitié pleine. Une inquiétude sourde, organique, lui parcourut l’estomac. Il tendit l’oreille. Pas de ventilateur. Pas de radio. Pas de fond sonore du voisin d’en haut qui partait chaque matin à 7h02 avec sa Tesla. Juste le silence.

Un silence trop profond pour être naturel.

L’interruption

Quand il descendit dans la rue, d’autres étaient là aussi, hébétés, leur téléphone à la main comme des boussoles folles. Deux voitures arrêtées au feu rouge n’avaient pas redémarré. Un père de famille tapait sur le distributeur d’un stationnement souterrain. Une femme en pyjama pleurait devant un guichet automatique hors service.

Marc-André sentit son cœur ralentir. Il savait.
Pas une panne.
Une attaque. Coordonnée. Massive. Silencieuse.

Il retourna chez lui. Brancha son PC portable sur batterie. Il tenta de se connecter à un de ses réseaux de contournement privé. Rien.
Les ports étaient gelés. Les serveurs injoignables. Son tableau de bord personnel, habituellement rempli de logs réseau et de paquets cryptés, ne renvoyait qu’un écran vide.
Comme si on avait débranché Internet de l’intérieur.

Le basculement

Le troisième jour, tout avait basculé.

Les files d’attente devant les banques s’étaient transformées en bousculades. Les terminaux de paiement ne reconnaissaient plus aucune carte. Les distributeurs ne donnaient plus rien. Et même ceux qui avaient du cash réalisaient que personne n’en voulait plus. L’eau, les piles, le riz, les cigarettes… voilà ce qui comptait.

Dans le hall de son immeuble, un jeune père avait organisé un troc improvisé.
« Deux cannes de thon contre un paquet de piles. »
Un vieil homme avait offert une bouteille de propane contre un chargeur solaire. On hochait la tête. Plus personne ne posait de questions.

Marc-André observait. Il notait. Il documentait la dégringolade.

Les illusions perdues

Au sixième jour, une rumeur circula :

« L’État va reprendre le contrôle. Des convois arrivent. »

Mais rien ne vint.
À la place, des tracts imprimés à la hâte furent collés sur des lampadaires :

« Coopérez. Restez calmes. L’attaque est sous contrôle. Les systèmes seront bientôt rétablis. »

Mais Marc-André savait.
Le système n’était pas sous contrôle. Il avait été pris à la gorge. Et tranché.

Griffintown-Ouest

Ils étaient huit. Huit résidents restés dans leur immeuble. Marc-André les réunit un soir, à la lueur d’une lanterne à piles.

Il leur proposa un protocole :

  • Garde de nuit à tour de rôle
  • Mutualisation des ressources
  • Établissement d’un carnet de dette (papier, scellé dans une boîte à chaussures)
  • Réseau analogique : post-it sur la porte, appels à la voix dans la cage d’escalier

Ils acceptèrent. Non pas par foi, mais par nécessité.

Un gamin d’à peine 17 ans, Alex, se révéla précieux. Il savait réparer les radios. Une ancienne infirmière improvisa une armoire à pharmacie dans le local à vélos. Une forme d’ordre émergeait… fragile, mais réelle.

Les ombres extérieures

À la fin du deuxième mois, les premières patrouilles non officielles apparurent.
Des hommes en bottes de chantier, brassards rouges, radios CB.
Ils se disaient « protecteurs de la zone 6 », régulaient les mouvements entre les arrondissements, imposaient des taxes sur les échanges de nourriture.

Marc-André évitait les regards, ne sortait qu’en fin de journée.
Il avait compris :
le vide n’était jamais durable. Il était toujours comblé. Par le pouvoir. Ou la peur.

Rallumer le silence

Au quatrième mois, une onde AM revint.
Faible. Fragmentée.
Une voix lisait des instructions :

« Si vous entendez ceci, vous êtes encore dans une zone non rétablie. Préparez-vous à une réinstallation. Dirigez-vous vers les centres de coordination situés à Longueuil, Sherbrooke ou Ottawa. Montréal ne sera pas reconnectée dans l’immédiat. »

Marc-André éteignit sa radio. Il avait choisi. Il ne partirait pas.

Il mit à jour son carnet. Releva l’état des stocks. Dessina un schéma de son bloc résidentiel. Il traçait la mémoire de ce qu’ils avaient bâti.

Le testament

Au douzième mois, un petit groupe vint le voir. Une délégation de ce qui restait du gouvernement. Ils parlaient de reconstruction, de réinitialisation, de retour à l’ordre. Ils proposèrent un poste, une nouvelle vie, à Toronto.

Il refusa.

Le lendemain, il enfouit un petit boîtier métallique au pied du vieux chêne du parc voisin.
À l’intérieur :

  • Un journal
  • Une carte de Montréal sectionnée en zones de confiance
  • Une clef USB contenant des logs, des preuves, des hypothèses

Il inscrivit sur la boîte :

« À ceux qui veulent comprendre. Pas seulement survivre. »

Ce qui reste

La ville n’était plus celle qu’elle avait été.
Mais elle respirait encore.
Autrement. Plus lentement. Plus intensément.

Marc-André regarda les enfants jouer sur un terrain vague devenu potager.
Les drones n’étaient jamais revenus.
Mais les oiseaux, eux, chantaient à nouveau.

Et le silence, jadis glaçant, était devenu un langage qu’ils avaient tous appris à comprendre.

Après la lecture : distinguer récit et préparation

La durée de la crise et l’effondrement institutionnel appartiennent à la fiction. Les choix de Marc-André ne constituent pas des consignes : une évacuation demandée doit être suivie, une information doit être vérifiée et les médicaments ne doivent pas devenir une monnaie d’échange. Les initiatives de voisinage doivent rester sûres, volontaires et respectueuses des services compétents.

Pour transformer cette lecture en exercice, demandez-vous où trouver une information officielle, comment joindre un proche sans votre moyen habituel et quelles réserves permettraient de traverser une interruption de services. Distinguez ce que vous savez, ce que vous supposez et ce qui exige une confirmation.

L’Évaluation des cybermenaces nationales 2025–2026 du Centre canadien pour la cybersécurité fournit un contexte réel sur les menaces numériques. Elle ne valide pas le scénario ni sa chronologie. Pour votre foyer, commencez par un plan familial et les consignes de votre municipalité.