Dans cet article
- Comprendre la dynamique d’un déraillement de train
- Les premières secondes : quoi faire immédiatement
- Actions prioritaires selon le contexte
- Les erreurs les plus fréquentes
- Et avec des enfants à bord ?
- Après l’évacuation : gestion secondaire
- Préparation simple avant de prendre le train
- Attendre une évacuation encadrée et signaler le danger
- Sources et repères officiels
Un déraillement de train est un événement rare à l’échelle statistique — et précisément pour cette raison, la plupart des passagers n’ont jamais réfléchi à leur réaction en cas d’incident ferroviaire. Or c’est dans les premières minutes que les décisions individuelles ont le plus d’influence sur l’issue.
En France, le réseau ferroviaire transporte environ 4 millions de voyageurs par jour. Au Québec, le transport ferroviaire de passagers est moins développé mais reste présent — trains de banlieue en région montréalaise, liaisons interurbaines, et surtout le transport ferroviaire de marchandises qui coexiste avec les zones habitées. Les incidents impliquant des trains de marchandises, comme le drame de Lac-Mégantic en 2013, ont rappelé que les conséquences d’un accident ferroviaire peuvent dépasser largement les occupants directs d’un train.
Ce guide traite spécifiquement de la situation des passagers à bord d’un train lors d’un déraillement ou d’un incident ferroviaire majeur — les réflexes à adopter, les pièges à éviter, et les spécificités propres aux différents environnements ferroviaires.
Le transport ferroviaire reste l’un des modes de transport les plus sûrs par kilomètre parcouru. La connaissance des bons réflexes n’est pas une invitation à l’anxiété — c’est une compétence de citoyen préparé, au même titre que savoir utiliser un extincteur.
Comprendre la dynamique d’un déraillement de train
Un déraillement est rarement un événement unique et ponctuel. C’est une séquence — souvent brutale et rapide — suivie d’une phase secondaire qui peut être tout aussi dangereuse que le choc initial. Comprendre cette dynamique permet d’orienter les bonnes priorités dès les premières secondes.
Ce qui se produit lors d’un déraillement
La phase initiale d’un déraillement dure généralement quelques secondes : perte de contrôle du convoi, vibrations anormales intenses, décélération brutale ou basculement d’un ou plusieurs wagons. Les passagers sont exposés à des projections, des chutes, et l’impact de bagages non fixés — autant de causes de blessures indépendantes du choc avec une structure extérieure.
La phase secondaire est souvent celle qui présente le plus de risques pour les passagers non blessés lors du choc initial. Elle peut inclure :
Risques électriques
Les lignes aériennes de contact (caténaires) alimentent les trains en courant à haute tension — 25 000 volts en France sur le réseau grande vitesse, tensions variables selon les réseaux. Une caténaire sectionnée ou au sol à proximité d’un train déraillé représente un danger mortel. Les rails électrifiés des métros et certains réseaux de banlieue présentent le même risque, au niveau du sol.
Incendie et fumée
Un déraillement peut provoquer des courts-circuits, des fuites de carburant ou l’embrasement de matériaux de l’habitacle. En espace confiné — tunnel en particulier — la fumée est souvent plus dangereuse que le feu lui-même : une fumée dense peut réduire la visibilité à zéro et saturer l’air respirable en quelques minutes.
Mouvement résiduel du convoi
Un convoi qui déraille ne s’immobilise pas instantanément. Des wagons peuvent continuer à se déplacer, basculer ou être poussés par l’inertie des wagons suivants plusieurs secondes après le début de l’incident. Rester en position protégée jusqu’à l’immobilisation complète est essentiel.
Environnement de tunnel
Un déraillement en tunnel cumule plusieurs facteurs aggravants : obscurité partielle ou totale, fumée confinée, accès difficile pour les secours, absence de repères spatiaux pour les passagers, et risque d’électrocution amplifié par la proximité avec les équipements de traction.
Les spécificités du contexte ferroviaire
Contrairement à un accident de voiture, un passager de train n’a pas le contrôle du véhicule et ne peut pas anticiper le choc par une manœuvre d’évitement. Sa seule marge d’action se situe dans la phase qui suit l’incident — et c’est précisément sur cette phase que la préparation mentale porte ses effets.
Les premières secondes : quoi faire immédiatement
Lors d’un déraillement, la séquence des premières secondes est fortement influencée par la sidération — l’état de blocage temporaire que le cerveau traverse face à un événement soudain et inattendu. La connaître à l’avance permet de la court-circuiter plus rapidement.
Pendant le mouvement du convoi — position de protection
Si vous percevez des vibrations anormales, une décélération brutale ou un mouvement de basculement avant le choc principal : s’agripper fermement à la structure du siège ou à une barre fixe, se pencher en avant et protéger la tête avec les bras. Ne pas tenter de se lever ou de se déplacer pendant le mouvement du convoi.
Dès l’immobilisation complète
1. Évaluer son propre état
Avant toute action, vérifier son état physique. L’adrénaline post-choc peut masquer des douleurs significatives. Une blessure à la tête, au cou ou au dos modifie les priorités — rester immobile et signaler aux autres passagers plutôt que de tenter de se déplacer seul.
2. Identifier la menace dominante
Fumée visible ? Odeur de brûlé ? Bruit de feu ? Présence d’eau (tunnel inondé) ? La menace identifiée détermine l’urgence de l’évacuation. En l’absence de menace immédiate, attendre quelques secondes pour évaluer la situation avant d’agir.
3. Écouter les consignes du personnel
Le personnel ferroviaire est formé aux procédures d’évacuation d’urgence. S’ils sont en mesure de donner des consignes, les suivre en priorité. En leur absence ou si leur localisation est inconnue, appliquer les principes généraux d’évacuation.
4. Alerter les secours si possible
Composer le 911 (QC), le 18 ou le 112 (FR) en donnant la localisation la plus précise possible — numéro du train, direction, nom de la dernière gare traversée, description de la situation. En tunnel, la connexion peut être absente — tenter l’appel dès que le signal réapparaît.
Actions prioritaires selon le contexte
Déraillement en pleine voie, en extérieur
Risque électrique prioritaire : avant de sortir du wagon, regarder si des câbles pendent à l’extérieur ou si une caténaire est visible au sol ou à portée. Ne pas toucher la carcasse métallique du train si une caténaire est en contact avec elle — le courant se propage à l’ensemble de la structure. Attendre que le personnel ou les secours confirment la mise hors tension avant de descendre sur les voies.
Incident en tunnel
Le tunnel est l’environnement le plus exigeant lors d’un incident ferroviaire. La priorité absolue est de ne pas paniquer — ce qui est plus facile à dire qu’à faire dans l’obscurité soudaine avec de la fumée.
Incident de métro ou de RER en station
Un incident en station est généralement géré par le personnel de station qui déclenche les protocoles d’évacuation. Suivre les consignes sonores et visuelles. Ne pas descendre sur les voies sans instruction explicite du personnel — les rails d’alimentation électrique des métros sont au niveau du sol et peuvent rester sous tension plusieurs minutes après un incident.
Les erreurs les plus fréquentes
Descendre sur les voies sans vérifier l’alimentation électrique
C’est l’erreur potentiellement mortelle dans ce contexte. Une caténaire sectionnée au sol, un rail d’alimentation de métro toujours sous tension — le courant électrique ferroviaire est à des niveaux qui ne laissent aucune marge d’erreur. La règle : ne descendre sur les voies que sur instruction explicite du personnel ou des secours.
Se précipiter vers la sortie sans évaluer
Dans un wagon encombré de bagages projetés et de passagers en état de choc, une évacuation précipitée génère des bousculades et des blessures secondaires. Quelques secondes d’évaluation — menace immédiate ? sortie accessible ? passagers à aider ? — permettent une évacuation plus ordonnée et plus sûre.
Récupérer ses bagages
Documenté lors de chaque incident ferroviaire majeur, ce comportement ralentit l’évacuation de façon significative. Des images issues de caméras de surveillance d’incidents ferroviaires montrent des passagers qui s’arrêtent pour récupérer leurs bagages en pleine évacuation — parfois au milieu d’un couloir déjà enfumé.
Marcher le long des voies après évacuation
Tenter d’aider sans évaluer ses capacités
Vouloir aider les blessés est une réaction noble — mais tenter de déplacer une personne blessée au dos ou au cou sans formation adaptée peut aggraver son état. La contribution la plus utile d’un passager non blessé et sans formation médicale est souvent de dégager le passage, guider les autres vers les sorties et communiquer avec les secours.
Et avec des enfants à bord ?
La présence d’enfants dans un wagon lors d’un incident ferroviaire introduit plusieurs variables spécifiques à anticiper.
Les enfants voyageant seuls — pratique courante sur les réseaux TGV et Intercités en France avec les services d’accompagnement — sont pris en charge par le personnel ferroviaire lors des évacuations. Si vous êtes accompagnant d’un enfant, maintenir un contact physique constant dès le début de l’incident — le mouvement du wagon et la sidération peuvent désorienter rapidement un enfant.
Après l’évacuation : gestion secondaire
Une fois évacué du wagon et en sécurité, une séquence de priorités s’applique dans les minutes et heures qui suivent.
Gestion du choc psychologique
Les enfants peuvent manifester ces réactions différemment — régression comportementale, cauchemars, refus de retourner dans un train. Un retour progressif au transport ferroviaire, sans forcer, et des discussions ouvertes sur l’expérience vécue contribuent à une récupération normale.
Démarches administratives
Conserver tous les documents de voyage — billet, carte de réservation — qui pourront être nécessaires pour les démarches auprès de la compagnie ferroviaire. En France, la SNCF dispose de procédures d’indemnisation en cas d’incident. Au Québec, les procédures varient selon l’opérateur. Déclarer tout dommage corporel ou matériel auprès des autorités présentes sur place.
Préparation simple avant de prendre le train
La préparation à un incident ferroviaire ne demande ni équipement particulier ni formation spécialisée. Elle repose sur quelques habitudes d’observation systématique applicables dès la montée à bord.
En montant dans le wagon
- Localiser le marteau brise-vitre le plus proche — généralement fixé près des fenêtres
- Identifier l’interphone de communication avec le conducteur
- Compter mentalement le nombre de rangées entre son siège et la sortie la plus proche — utile en cas de visibilité réduite
Gestion des bagages
- Ranger les bagages lourds dans les espaces de rangement prévus, pas dans le couloir
- Conserver sur soi les documents essentiels et le téléphone — pas dans un bagage en soute
- En cas d’incident, laisser les bagages : ils ralentissent l’évacuation et peuvent blesser d’autres passagers
Le réflexe le plus simple et le plus négligé : compter les rangées de sièges entre son emplacement et la sortie la plus proche. En cas d’obscurité ou de fumée dense, ce repère numérique permet de se diriger vers la sortie en comptant les dossiers à la main — une technique utilisée dans les formations de survie aérienne et applicable au ferroviaire.
Attendre une évacuation encadrée et signaler le danger
Ne descendez pas sur les voies de votre propre initiative. Une rame arrêtée et l’absence d’éclairage ne prouvent pas une coupure électrique; un autre train peut également circuler. Les câbles, rails et équipements doivent être considérés dangereux jusqu’à l’intervention du personnel compétent.
Lors d’une évacuation encadrée, empruntez uniquement l’issue et le chemin indiqués. Le côté de sortie et la direction dépendent du réseau et de l’incident. Signalez dès le départ une personne qui ne peut pas suivre; ne la laissez pas sans que le personnel connaisse sa position. Gardez les enfants près de vous et dégagez les issues.

